02 juillet 2009
Benoît Hamon : constat.
Interview de Benoît Hamon
Posté par Benoît Hamon
Libération.
Ces jours-ci, nombre de socialistes lancent ou relancent leur club ou leur courant. Pourquoi un tel degré de fragmentation ?
« Chacun des initiateurs de ces clubs présente son initiative comme
la pierre angulaire de la reconstruction du PS. Mais on peut se
demander s’il ne s’agit pas d’une étape supplémentaire de la
décomposition... En résumé, pour rassembler, chaque socialiste fonde
une écurie supplémentaire ! Tout cela étant motivé par l’objectif d’une
candidature de plus. Tant que chaque socialiste considèrera que si
rassemblement il doit y avoir, celui-ci devra s’opérer autour de lui,
nous aurons un problème. »
Avec le recul, comme analysez-vous la gifle reçue par le PS aux européennes ?
« C’est un échec auquel on ne doit pas donner plus de portée qu’il
n’en a, d’autant que 60% des électeurs ne sont pas venus voter. Mais il
ne faut pas non plus l’esquiver. J’observe que la gauche n’a pas perdu
de voix par rapport à 2004 mais à gauche, nous étions ceux qui
donnaient le moins envie. »
La campagne du PS n’était donc pas suffisamment à gauche ?
« Nous n’avons pas donné envie aux classes populaires de se déplacer
pour voter. Ni à ceux qui avaient décidé de voter à gauche de le faire
pour des candidats socialistes. Le PS appelait à battre Barroso, alors
qu’il fait partie d’un groupe socialiste européen qui pourrait appeler,
en octobre, à reconduire le même Barroso ! C’est cette
indifférenciation avec la droite que nous payons. »
La réaction de Martine Aubry après la défaite a-t-elle été à la hauteur ?
« C’est à la fin 2009, au vu de l’état de notre projet et du
rassemblement de la gauche, que nous pourrons voir si nous avons réussi
à extraire le PS des sables mouvants dans lequel il se plonge depuis
quelque temps. Martine Aubry a choisi de privilégier deux axes : celui
du projet, et celui du rassemblement de la gauche dans une « maison
commune ». Je suggère ne pas attendre l’après-régionales, comme nous
avons attendu l’après-européennes, pour parler rassemblement avec nos
partenaires de gauche. Ce serait la quasi certitude qu’il n’y aura pas
de rassemblement en 2012, et donc pas de victoire. »
Comment aborder ces régionales ?
« Les socialistes, les Verts, les communistes et le Parti de gauche
cogèrent 20 régions sur 22. Là où les élections européennes
justifiaient des approches politiques distinctes, je ne vois pas de
clivage évident pour les régionales. Il me semble assez logique que la
question de listes communes soit posée, et qu’on aborde tous les
sujets, de fond comme de gouvernance. D’autant que l’électorat de
gauche réclame partout l’unité »
Vous voulez dire que des Verts ou des communistes pourraient présider des régions ?
« Le meilleur moyen de gagner les régionales et de favoriser le
rassemblement de la gauche pour 2012, c’est de poser la question. Le
fait que certaines régions soient présidées par des partenaires du PS
n’est pas un tabou, et ne me choque pas. Nous devons le leur proposer.
Un gouvernement de rassemblement de la gauche où ne figureraient que
des ministres socialistes ne serait pas très sérieux... »
Que faites-vous des présidents de région, qui pour la
plupart se représentent et à qui Martine Aubry vient de conférer
« l’autonomie » pour leurs listes ?
« Il n’y a pas de syndicat des présidents sortants ! Ceux-ci sont
tous légitimes. Mais les présidents de région ne sont pas uniquement
préoccupés par leur réélection personnelle, ni totalement indifférents
à la présidentielle de 2012. Si on ne s’intéresse qu’à son propre sort,
cela veut dire que le PS n’existe plus. »
Et l’alliance avec le Modem, au sujet duquel Vincent
Peillon, qui invite Marielle de Sarnez à l’université d’été de son
courant, appelle à en finir avec l’« hypocrisie » ?
« Il serait impensable de s’associer à une formation qui pourrait,
selon les régions, faire l’appoint avec l’UMP ou le PS, et qui siège
avec le groupe libéral au Parlement européen ! Les socialistes seraient
ridicules s’ils constataient que ceux qu’ils ont invité à la tribune,
négocient plus tard avec l’UMP pour prendre une région à la gauche. Il
faut donc que le Modem clarifie sa position. Appartient-il au camp des
progressistes ou pas ? »
Quelle est votre position sur les primaires ?
« Que les primaires soient ouvertes aux électeurs de gauche, c’est une
bonne idée, et je la défendrai. A condition qu’il y ait un projet
commun derrière. Il nous faut trancher toutes les questions sans
réponse, comme le libre échange absolu, la redistribution de la
richesse, la propriété dans l’économie, la planification pour
domestiquer l’évolution de notre environnement... Sans projet commun
clivant avec le bilan et l’idéologie de la droite, les primaires
n’auraient pas de sens. »
Serez-vous candidat ?
« Non. Ce qui m’intéresse c’est de battre Sarkozy en 2012. »
Comment vivez-vous votre non réélection au Parlement européen ?
« Comme un échec. Mais je ne vais pas gémir sur le sort d’un député européen non réélu. »
Pourquoi être resté porte parole du PS ?
« A la demande de la première secrétaire, de nombreux dirigeants et
de mes amis politiques. Ceux- ci considéraient qu’une démission aurait
rajouté à la crise du PS, et favorisé une lecture que certains veulent
donner à notre échec en expliquant que nous avons perdu à cause de la
ligne politique de Benoit Hamon. »
Cette ligne, justement, l’assumez-vous toujours ?
« Je n’ai jamais renoncé à la défendre. Et je ne crois pas, d’ailleurs, que la crise me donne tort. »
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